Vie professionnelle

Vie des journaux

Une page se tourne

Publié le 10/02/2020 | par Jean-Michel Hell

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Germain Schmitt

Directrice de la publication de l’Est Agricole et Viticole et du Paysan du Haut-Rhin depuis 2011, Sophie Schwendenmann quitte ses fonctions. Quelques jours avant son départ, nous l’avons interrogée sur ces neuf années de vie commune avec la presse agricole, l’agriculture et la viticulture alsacienne.

Vous avez pris vos fonctions au sein des journaux en 2011. Quelles étaient alors vos motivations pour candidater à la direction de l’Est Agricole et Viticole et du Paysan du Haut-Rhin ?

Sophie Schwendenmann : « Je ne partais pas en terre inconnue. Je connaissais le Paysan du Haut-Rhin. J’avais eu l’occasion d’y collaborer en 2003 quand je suis arrivée en Alsace. Après quelques années à d’autres fonctions, j’avais envie de renouer le contact avec la viticulture et l’agriculture. Et puis, je souhaitais un poste à responsabilités avec des projets à mener à moyen et à long terme. C’est quelque chose qui me manquait. Le challenge de ce poste était intéressant : deux journaux et deux équipes à faire avancer dans la même direction. Mon objectif était d’améliorer le fonctionnement des deux entreprises en allant jusqu’au bout de la mutualisation de moyens qui avait été initiée et de s’adapter aux nouveaux usages de la presse. »

 

Parmi les projets que vous avez menés au sein des deux journaux, quels sont ceux qui vous ont le plus marqué ?

« Sans aucun doute, la mise en place d’un outil éditorial commun aux deux journaux. Il a permis aux différents services de travailler ensemble, de la même manière, ce qui a réellement amélioré la synergie. Cette interface a eu un impact important sur l’ambiance interne notamment lors des bouclages - chaque mercredi, avant 18 h - qui sont une source de stress importante. Le niveau de tension a fortement baissé, et ça fait du bien ! Je retiens aussi la mise en place de la plateforme de gestion des annonces légales. C’était compliqué pour de petites structures comme les nôtres mais nécessaire et utile car internet a bouleversé la façon de penser ce service, dont les règles ont été établies en 1945…

Enfin, il y a un chantier permanent, un ouvrage qu’il faut sans cesse remettre sur le métier : c’est l’adaptation aux nouveaux usages en matière d’information. Cela passe par l’évolution du métier de journaliste, des outils numériques, des réseaux sociaux, le lancement d’un service vidéo… Tout en gardant à l’esprit notre raison d’être : répondre aux attentes de nos abonnés. »

 

Selon vous, quels sont les chantiers qu’il reste à mener ?

« La relation avec les abonnés, justement. Ils ne sont pas simplement des adresses postales, mais des professionnels avec qui les journaux sont en interaction. Il faut mieux cerner les besoins spécifiques, que ce soit en termes de contenus rédactionnels, sur le web ou le papier, ou encore de contenus publicitaires.

Il est également primordial de revoir le modèle économique de la Presse agricole départementale (PAD), né lui aussi après-guerre. L’érosion du nombre d’agriculteurs, donc d’abonnés potentiels à l’échelle d’un département, oblige les petits éditeurs à réfléchir. Il faut se détacher de ce qui a été, pour construire ce qui demain sera pérenne. Des outils transversaux permettant une mutualisation de moyens à l’échelle supra-départementale font partie des solutions. Il y va de la survie de la PAD construite sur des circonscriptions départementales devenues trop étroite. À titre de comparaison, en Allemagne, en Suisse, la presse agricole fonctionne à l’échelle de grande région. »

 

Vous avez constamment fait bouger les lignes du journal, innové dans le travail des équipes, stimulé la créativité des uns et des autres. À chaque semaine, une nouvelle idée. Que se cache-t-il derrière cette grande activité ?

« Avoir pour seul objectif de « boucler » un journal chaque semaine ne me suffit pas. Je n’arrive pas à concevoir le travail comme quelque chose de routinier. J’ai besoin de challenges. Cet état d’esprit, je me suis efforcée de le transmettre aux équipes des deux journaux en responsabilisant chacun et chacune, pour tirer l’ensemble vers le haut. De la rédaction à la création en passant par le service commercial, abonnement ou administratif, nous sommes une seule et même équipe. Le monde bouge autour de nous. Nous devons bouger avec lui et pour cela, il faut remettre en question ses certitudes chaque jour. »

 

Vous vous êtes investie au sein du Syndicat national de la presse agricole et rurale (SNPAR), où vous êtes secrétaire générale. Pour quelles raisons ?

« Au-delà de la défense syndicale des intérêts de notre famille de presse, échanger entre collègues permet de s’enrichir. Personne n’a le monopole des bonnes idées. Il faut garder un œil sur ce que font les autres, comprendre pourquoi ils ont tenté telle expérience, se demander, en cas de réussite, si c’est transposable… C’est une sorte de bourse aux idées, dans laquelle j’ai fait mon marché. Ces rencontres et ces réunions ont été une source d’épanouissement personnel.

J’ai également pris conscience que l’agriculture a une grande chance d’avoir une presse agricole aussi diversifiée avec, d’une part, des titres de proximités et, de l’autre, des revues nationales généralistes ou spécialisées. Mais au regard des moyens des éditeurs de presse en général, nos sociétés départementales font figure de petit Poucet. En Alsace, grâce à la mutualisation des moyens entrepris depuis douze ans, nous avons pu innover et proposer de nouvelles sources de diversifications. Il ne faut pas attendre qu’on fasse les choses à notre place. »

 

Au 31 décembre, vous laissez votre place. Quelle conclusion faites-vous ?

« Cela a été une superbe expérience professionnelle. Elle m’a permis de rencontrer des gens extraordinaires. Je remercie les élus qui m’ont fait confiance, même si parfois ils étaient dubitatifs sur certaines propositions… Et je veux avoir une pensée particulière pour les salariés des deux journaux. J’avais pour habitude de surnommer « mon équipe » : la « Dream Team », parce que la complémentarité de chacun d’entre eux nous a permis de réunir une multitude de compétences et ainsi de réaliser de grandes choses. Rigueur, exigence, professionnalisme, investissement personnel, créativité sont autant de qualités qui les caractérisent. Et je ne veux pas qu’ils l’oublient.

Je suis fière du travail réalisé ensemble. Nous avons pu mener à bien des projets que, chaque journal dans son coin, n’aurait pas pu envisager. Nous avons démontré que l’intérêt général des deux journaux est supérieur à l’addition de leurs intérêts particuliers. »

Une anecdote qui a marqué ces 9 années ?

J’aime

  • les blagues, surtout un jour de bouclage
  • le fou rire de Jean-Michel
  • l’honnêteté
  • le vin, mais je n’en stocke pas dans mes tiroirs de bureau, contrairement au thé et au chocolat noir

J’aime pas

  • perdre mon temps sur la route
  • être limitée dans cet encadré et ne pas pouvoir souligner une qualité pour chaque membre de l’équipe

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