Vie professionnelle

Marchés fermiers

Mesures barrière en plein air

Publié le 20/05/2020 | par Nicolas Bernard

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Depuis le début, les clients du marché fermier d’Holtzwihr respectent scrupuleusement les mesures barrière, comme la distanciation sociale dans les files d’attente.
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Élus, responsables agricoles et représentants de l’administration, côte à côte, pour permettre une ouverture « responsable » des marchés alimentaires.
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Sur le stand des fruits et légumes, une barrière indique aux clients la limite à ne pas dépasser. À la caisse, une protection de fortune a été fabriquée avec du film transparent.
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Même avec le masque et la distance minimale de sécurité, le marché fermier reste un lieu privilégié d'échanges entre l'agriculteur et le consommateur.
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Fermé pendant deux semaines au début du confinement, le marché fermier d’Holtzwihr fonctionne depuis à plein régime, avec une application drastique des mesures barrière obligatoires contre le Covid-19. Vendredi dernier, le préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, aux côtés d’élus et de responsables agricoles, est venu constater la bonne mise en œuvre de ce protocole sanitaire « indispensable. » Tous les marchés alimentaires sont officiellement autorisés depuis le 11 mai.

Même « masqué », le marché fermier d’Holtzwihr fait le plein. Fermé pendant deux semaines au début du confinement, il fonctionne depuis à plein régime, moyennant quelques adaptations sanitaires. Dès l’entrée de la cour de ferme, un gel hydroalcoolique est mis à disposition des clients. Au sol, un marquage fléché indique le sens de circulation. Au stand fruits et légumes, les clients se tiennent à au moins un mètre de l’étal ou du vendeur, et n’ont pas le droit de manipuler les produits. Dans la file d’attente, chacun respecte la distance minimale. Chez les agriculteurs commerçants, tous portent un masque. Les clients, dans leur grande majorité, font de même.

Par rapport à un supermarché, les risques d’être en contact avec une personne porteuse du Covid-19 sont bien moins importants. Pourtant, les marchés alimentaires de plein air ont d’abord été interdits quand les grandes surfaces restaient ouvertes. Progressivement, la préfecture du Haut-Rhin a apporté de la souplesse, d’abord en permettant à un agriculteur de vendre sa production devant son exploitation, puis en autorisant les marchés alimentaires dans les communes de moins de 5 000 habitants. Un soulagement pour le marché fermier d’Holtzwihr, une institution dans le Ried haut-rhinois depuis vingt ans.

 

 

 

Une fermeture « incompréhensible »

Pour autant, la décision de fermer les marchés alimentaires reste toujours aussi « incompréhensible » aux yeux de Vincent Meyer, éleveur laitier et hôte de ce marché fermier. Vendredi dernier, il n’a pas manqué de le rappeler au préfet du Haut-Rhin, Laurent Touvet, venu constater par lui-même la bonne application du protocole sanitaire signé par la Chambre d'agriculture Alsace (CAA), l’association des maires du Haut-Rhin et l’administration. Vincent Meyer déplore le « deux poids, deux mesures » qui a été décidé au sommet de l’État. « Nous, dès le premier jour, nous avons mis en place les gestes barrière. Ici, les clients ne peuvent plus toucher les légumes. Dans les supermarchés, n’importe qui peut les toucher, n’importe comment. En plus, on est ici en plein air, contrairement à un supermarché qui reste un lieu fermé. Il y a donc moins de risques ici sur le plan sanitaire », fait-il remarquer.

Laurent Touvet le conçoit, la fermeture des marchés n’était pas en « parfaite cohérence » avec l’ouverture des supermarchés. « Pour autant, un préfet est là pour faire appliquer la loi et la réglementation nationale. Le Gouvernement avait décidé de fermer tous les marchés, sauf exception. Et je ne voulais pas que dans le Haut-Rhin, département le plus touché de France par le coronavirus, il y ait trop d’exceptions. Je ne voulais pas donner de signaux qui auraient incité au relâchement. Néanmoins, dans ce contexte de confinement, j’ai été sensible, depuis le début, à la nécessité pour les agriculteurs de pouvoir écouler leurs produits dans les circuits courts. C’est pour cela que j’ai d’abord accepté qu’un agriculteur puisse vendre ses produits devant la ferme, puis la réouverture des marchés, en tenant compte de la taille de la commune. Si on avait ouvert partout, tout le monde aurait cru qu’on repartait comme avant. Aujourd’hui, l’épidémie est jugulée mais pas encore vaincue. Nous ne sommes pas dans un déconfinement, mais dans une levée progressive du confinement. C’est pour cela que nous devons tous restés mobilisés pour éviter un éventuel rebond de la maladie. C’est grâce à cette organisation intermédiaire mise en place pour des semaines, voire des mois, que des marchés fermiers comme celui d’Holtzwihr pourront fonctionner presque normalement. »

Une nécessité « vitale » pour le premier vice-président de la Chambre d'agriculture Alsace, Denis Nass : « Grâce à ce type de marché, l’agriculteur peut expliquer ses contraintes, ses difficultés et le coût de ses produits. Pour le consommateur, c’est la garantie d’une réelle transparence du produit qu’il achète. Il y a ici un lien social très fort qu’il est indispensable de maintenir et de pérenniser. À ce titre, nous ne pouvons que nous féliciter du travail collaboratif qui a été mené entre la Chambre d’agriculture, l’association des maires et l’administration pour trouver une solution à la fermeture des marchés. J’espère maintenant que cette connexion sera durable. »

Pas question de se tourner vers les supermarchés

Au-delà de l’aspect social, le marché fermier a un rôle économique évident pour ceux qui l’animent. Pour beaucoup de paysans présents, c’est souvent le seul mode de commercialisation. Hors de question, d’ailleurs, d’aller vendre leurs produits aux supermarchés en guise de compensation. Vincent Meyer n’en revient d’ailleurs toujours pas du mail qu’il a reçu, lui proposant d’aller voir des grandes surfaces pour vendre. « Ça a été la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. Nous, cela fait des années qu’on se débrouille pour vendre une grande partie de notre production laitière directement, sans intermédiaire. Aujourd’hui, j’ai la chance d’avoir une entreprise qui tourne, qui est saine. Et ça, c’est grâce à la vente directe. » Un constat que partage Colette Obrecht, éleveuse bovine à Andolsheim, et membre historique du marché fermier d’Holtzwihr. Malgré les difficultés qu’elle a rencontrées dans les premières semaines du confinement, il était impensable de faire appel à des grandes surfaces. « C’est bien mais ce n’est pas l’objectif qu’on s’est fixé en développant la vente directe. »

Heureusement pour elle, des clients fidèles ont répondu présents pour soutenir l’activité de la ferme en effectuant des commandes par téléphone. Et quand la possibilité de rouvrir le marché d’Holtzwihr s’est présentée, la municipalité s’est investie en mettant des flyers dans les boîtes aux lettres. Une action qui a porté ses fruits pour Colette Obrecht. « Des habitants du village sont venus pour la première fois au marché. Ils ont découvert son existence pendant le confinement. » Depuis, elle n’a pas à se plaindre. La demande est importante, quel que soit le morceau de viande. « Ici, les gens apprécient vraiment la rigueur de l’hygiène. Tous les morceaux de viande sont filmés, sans contact avec l’extérieur. C’est quelque chose qui semble les rassurer dans le contexte que nous vivons. » C’est d’ailleurs le point qui l’a le plus marqué : le changement de comportement de la clientèle pendant ces semaines de confinement. « Beaucoup apprécient le marché fermier car c’est non seulement en plein air, mais c’est aussi plus sécurisé à leurs yeux. Maintenant, reste à savoir si cet état d’esprit va rester quand l’épidémie sera derrière nous. »

Vers une prise de conscience des consommateurs ?

Sur le stand à côté, Fabienne Dirringer vend ses volailles et ses œufs qui partent comme des petits pains. Elle aussi a noté un changement d’attitude de ses clients. « Ils viennent moins souvent mais prennent plus à chaque fois. Du coup, nous avons dû revoir notre organisation. » Comme Colette Obrecht, elle a pu compter sur ses clients fidèles lorsque le marché a fermé ses portes. « On avait un peu peur au début. Et finalement, ça s’est très bien passé. On a beaucoup fonctionné avec des commandes prises par téléphone. Et ça continue aujourd’hui. Ce qui fait que je n’ai presque plus rien à vendre aujourd’hui ! Il va falloir maintenant trouver un nouveau compromis pour satisfaire tout le monde. »

Dans ce contexte épidémique, l’adaptation et la souplesse sont devenues des clés indispensables pour continuer à avancer sereinement. Fabienne Dirringer essaie de relativiser la fermeture des marchés de plein air car elle reconnaît que c’était une décision « difficile à comprendre ». « C’est là qu’on voit que ce sont les Parisiens qui font nos lois ! Après, il faut aussi comprendre qu’à un moment donné, il fallait agir. Alors, même si la décision était injuste pour les petits producteurs comme moi, je l’accepte malgré tout. » Comme sa collègue, Fabienne Dirringer attend de voir si cet attrait pour le marché fermier et le « petit producteur du coin » va perdurer. « Pour l’instant, beaucoup de gens consomment différemment, tant mieux. Mais rien ne dit qu’ils ne retourneront pas au supermarché quand la crise sera derrière nous. »

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